Retrait de l’impôt sur le temps supplémentaire : Bonne ou mauvaise idée ?
- Alex Méthot
- 9 févr.
- 3 min de lecture
Lors de la campagne présidentielle américaine, une déclaration de Donald Trump a retenu l’attention : une promesse d’éliminer l’impôt sur les heures supplémentaires. Une mesure qui, sur papier, peut sembler alléchante pour plusieurs travailleurs, mais qui mérite d’être analysée sous tous ses angles. Est-ce réellement un avantage, ou une décision aux impacts économiques et fiscaux plus complexes qu’elle ne le laisse paraître ?

Comprendre le fonctionnement de l’impôt sur le revenu
L’idée selon laquelle une augmentation de salaire ferait « changer de bracket » et réduirait les gains nets d’un travailleur est un mythe bien ancré. En réalité, notre système fiscal fonctionne de manière progressive, ce qui signifie que chaque portion du revenu est imposée selon un pourcentage spécifique, et non l’ensemble du salaire au même taux.
Prenons un exemple concret : un travailleur gagnant 80 000 $ par an paiera 14 % sur les premiers 53 255 $, puis 19 % sur le reste. Il ne paiera donc pas 19 % sur l’ensemble de son salaire comme certains le croient. Ce même principe s’applique aux heures supplémentaires, qui sont imposées selon la tranche de revenu à laquelle elles appartiennent.
Pourquoi les retenues sur le temps supplémentaire sont élevées ?Retrait de l’impôt sur le temps supplémentaire
Lorsqu’un travailleur effectue du temps supplémentaire, les logiciels de paie font une projection annuelle basée sur la semaine en cours. Par exemple, un charpentier-menuisier qui fait 60 heures dans une semaine verra sa paie calculée comme si ce rythme était maintenu toute l’année.
Si cette projection estime un revenu de 192 000 $, les déductions seront beaucoup plus élevées sur le coup. Toutefois, ces montants sont ajustés lors de la déclaration d’impôt, et l’excédent perçu est généralement remboursé au printemps.
Les effets d’un retrait de l’impôt sur les heures supplémentaires
Si une telle mesure était mise en place, plusieurs questions se posent :
Évasion fiscale et ententes frauduleuses : Une entreprise et un travailleur pourraient s’entendre pour déclarer des heures régulières comme du temps supplémentaire, évitant ainsi l’imposition sur une partie du salaire.
Distorsion fiscale : Deux travailleurs ayant le même revenu annuel ne paieraient pas le même impôt si l’un d’eux avait gagné une portion de son salaire en heures supplémentaires. Ce serait une incohérence majeure dans notre système fiscal.
Réduction des cotisations sociales : Contrairement aux salaires réguliers, le temps supplémentaire ne génère pas une hausse proportionnelle des cotisations aux fonds de retraite et avantages sociaux.
Une industrie où le manque d’heures est un enjeu
Dans l’industrie de la construction, la moyenne annuelle d’heures travaillées est d’environ 1 300 heures. La priorité devrait être de favoriser une meilleure répartition du travail afin que plus de travailleurs aient accès aux heures, plutôt que d’encourager un nombre restreint à cumuler des semaines de 60 heures et plus. Retrait de l’impôt sur le temps supplémentaire
L’objectif ne devrait pas être d’exonérer l’impôt sur le temps supplémentaire, mais plutôt de structurer le marché du travail pour garantir plus de stabilité et de meilleures conditions pour tous.

Considérer les spécificités du système fiscal québécois et de l'industrie de la construction
Avant d’envisager une mesure aussi drastique que l’exonération des heures supplémentaires, il est essentiel de prendre en compte les particularités du système fiscal québécois ainsi que la réalité de l’industrie de la construction. Contrairement à d’autres secteurs, la construction est marquée par une grande variabilité des heures travaillées et une dépendance aux périodes de pointe. Une telle réforme pourrait accentuer les écarts entre les travailleurs réguliers et ceux effectuant de longues heures supplémentaires, créant ainsi des disparités au sein même du secteur.
Conclusion
Bien que l’idée d’économiser de l’impôt puisse sembler attrayante, le retrait de l’imposition sur les heures supplémentaires créerait plusieurs incohérences fiscales et risques d’abus. Il est essentiel de comprendre que peu importe si un revenu est gagné en temps simple ou en temps supplémentaire, l’impôt total à payer restera le même à la fin de l’année.
Plutôt que de chercher à modifier la fiscalité des heures supplémentaires, d’autres solutions existent pour réduire son impôt : cotiser à un REER, déclarer des dépenses admissibles, ou mieux structurer son travail pour optimiser son revenu. Mais croire qu’une telle mesure favoriserait équitablement tous les travailleurs est une illusion.
Comments